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mardi 22 avril 2008

Du fun dans cabane


Les Charbonniers de l'enfer à la Sucrerie Lavigne
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Hier soir j’étais à Rigaud à la Sucrerie Lavigne. Les Charbonniers de l’enfer y donnaient un show. Quelle agréable soirée ! Nous étions une centaine de chanceux dans la cabane. Je dis chanceux car selon moi il n’y a pas de meilleur endroit pour voir un show des Charbonniers (ou de n’importe quel groupe). Je les ai vu plusieurs fois : sur une scène extérieure, au théâtre et même dans une église mais jamais dans une cabane à sucre. Michel Faubert, idéateur de la formation a raconté durant le spectacle que jamais le groupe n’avait chanté dans une sucrerie (pas plus qu’Isabelle Boulay ou Eric Lapointe). C'était une première. Il était visiblement content de se produire chez les Lavigne avec ses camarades lanaudois à qui il faisait découvrir ce coin de la province. On sait que Michel est natif de Rigaud où il a acheté une maison récemment, celle de Rose d’Amour chez qui, dans les années 70, il a fait sa première cueillette de chansons traditionnelles. Durant le show le Rigaudois a rappelé que la peinture couvrant tout le mur derrière le groupe n’avait pas changé depuis 40 ans (on y voit une forêt qui brûle). Plus jeune, alors qu’il avait 8 ans, il y a vu le violoneux Léo d’Amour se produire sur cette même petite scène. Comme Michel, j’ai aussi, enfant, mangé à cette sucrerie. Je suis de Rigaud comme lui.

Je suis toujours content de voir les Charbonniers, je suis un fan, mais hier je l’étais davantage. D’abord, y a ma famille qui les voyait pour la première fois (quelques parents ont tous leurs albums) et d’autre part (c’est le bout qui me réjouit le plus) un couple d’amis étrangers (un Belge et une Rwandaise) qui n’avait jamais mis les pieds dans une cabane à sucre assistait pour la première fois à un concert de chansons traditionnelles. Je leur ai répété la chance qu’ils avaient d’être témoin d’un tel spectacle dans ces conditions. J’ai le sentiment qu’ils ont beaucoup apprécié (la cuisine comme le show). À l’entracte je suis allé saluer le groupe, on a échangé quelques mots. Le couple d’amis est venu me retrouver et les Charbonniers ont pris quelques minutes pour leur faire jasette. Dieu que je les ai trouvé charmants et délicats.

Je tiens a souligner que la mise en scène de leur spectacle «À la grâce de Dieu» est très réussie. Bravo ! On les sait capables de chanter mais cette bande de joyeux drills est également capables d’animer, de raconter, de faire rire. C’est là une dimension de leur show que j’aime beaucoup. On remarque qu’ils ont mis du soin à préparer leurs interventions sans qu’elle ne soient jamais longues ou ennuyantes. La présentation qu’ils font de leurs chansons est souvent drôle et riche d’information. Je pense notamment à ce que Faubert nous a raconté à propos d’Alphonse Morneau, un monsieur de qui ils ont appris quelques chansons. Alphonse plus jeune était maître chantre à l’église de son village. Il chantait de tout dont des chansons à répondre qu’il interprétait d’une façon grégorienne ! Cette façon qu’avait Alphonse de chanter a déteint en quelque sorte sur les Charbonniers. Il y a quelques unes de leurs interprétations qui me rappellent le chant des chœurs à l’église.


mercredi 30 janvier 2008

Pis ? Vous l'avez regardée ?

Peut-être l’avez-vous regardé ? Je parle de la plus récente émission de 5 sur 5 présentée à Radio-Canada ou RDI, toujours disponible sur le site de Radio-Canada. Il y était question de la musique traditionnelle d’aujourd’hui. Les gens qui connaissent la musique traditionnelle contemporaine n’ont probablement pas appris grand chose et les gens qui en ignorent tout ont au moins retenu qu’elle existe et qu’elle se porte bien.

Tanya, télespectatrice à l’origine de cette émission (c’est elle qui, devant la caméra, demande d’où vient cet engouement pour la nouvelle musique traditionnelle) avec la complicité de la journaliste Nancy Desjardins, questionnent différentes personnes de la scène traditionnelle ou d’autres qui s’y intéressent.

Le premier qu’elles rencontrent à l’émission est le chanteur et violoneux Alain François. Il explique que ce n’est pas un véritable artiste traditionnel car il compose et écrit ses chansons. Il estime que c’est du néo-trad. Lorsqu’on lui demande pourquoi il y a un tel engouement pour la musique traditionnelle chez les jeunes il répond que les jeunes en entendent davantage. L’envahissante musique américaine et étrangère encourage les jeunes à se tourner vers cette musique pour des raisons identitaires.

Je suis le deuxième. Elles voulaient entendre quelques extraits de musique traditionnelle. J’en ai fait jouer une dizaine, en raison du temps alloué à l’émission 3 seulement ont été retenus. Je leur dit que Mes Aïeux a certainement contribué à la popularité de la musique trad (j’ai dû vous le dire 50 fois déjà).

Michel Faubert est également interviewé. Il explique entre autres choses qu’au Québec lorsqu’il a commencé il y avait des gens qui détestaient ça et d’autres qui en mangeaient jour et nuit. Il y avait une forme de polarisation. Il a raconté que les gens, qui comme lui jouaient de la musique traditionnelle, pouvaient souffrir de paranoïa « Tu joues du violon Michel ? Et ce dernier de répondre. Ouin, quossé tu veux dire ?. » Aujourd’hui on sent peut-être moins d’hostilité à l’égard du trad. Il termine son entretien en disant avec beaucoup d’à propos que l’on annonce depuis des décennies la mort et la disparition de cette musique, qu’elle surgit toujours alors qu’au fond ce n’est pas le cas elle vit toujours.

Elles ont aussi rencontré un responsable du Bar Vice & Versa qui tient des jams tous les mardis, initié par le violoneux Pascal Gemme et le guitariste Yann Falquet. Le bar est situé sur St-Laurent au coin de Beaubien (pas loin). Il explique aux filles qu’il s’est rendu compte qu’il y avait une bonne communauté de musiciens qui pratiquent la musique traditionnelle à Montréal. M. et Mme Tout le monde peut apporter son instrument et se greffer à ceux qui jament pour peu qu’il ou qu’elle sache jouer.

Gilles Garant, folkloriste et président fondateur de La Grande Rencontre était au Vice & Versa. Tanya lui a demandé comment il considère le trad d’aujourd’hui. Selon Gilles, « le trad d’aujourd’hui est à la mesure de toute une génération qu’il l’a repris. Les jeunes sont allés à l’école et sont mieux formés musicalement. On retrouve des jazzman, des bluesman, tous des gens qui choisissent de revenir aux sources. Ces jeunes s’inspirent de la tradition pour la mettre en continuité dans un courant musical, la musique du monde. »

J’ai beaucoup écrit. Vous auriez mieux fait de le regarder.

jeudi 24 mai 2007

Michel Faubert s'entretient avec Daniel Roy à CFNJ

Tous les samedis après-midi à 15h00, sur les ondes de CFNJ, Daniel Roy anime le cornet accoustique . Samedi dernier Daniel recevait le folkloriste Michel Faubert membre des Charbonniers de l'enfer. Michel n'était pas là pour faire la promotion du plus récent album des Charbonniers, À la grâce de Dieu, qui soit dit en passant est un autre excellent album. Vous pouvez pariez votre paye et la suivante qu'il sera décoré d'un Félix.

Durant cette émission il nous raconte, avec l'intelligence qu'on lui connaît, comment il a développé un intérêt pour la musique traditionnelle. Il explique très bien son parcours et sa démarche artistique, laquelle remonte à sa tendre enfance où petit, assis dans les marches d'escalier de la maison familiale à Rigaud, il regardait la bouille joviale de Léo D'amour en train de jouer du violon. Léo était le meilleur violoneux du boutte.

L'un des moments les plus intéressants de l'émission survient vers la fin lorsque Michel déplore un peu qu'au Québec on fasse une bien petite place à la complainte lors de spectacles et qu'on lui réserve presque un "sous rôle". Il raconte que très souvent la complainte est chantée après que les ¾ du show ne se soit écoulé. La complainte aurait l'effet d'un break, " c'est un stopper ". De fait, après son interprétation le rythme du spectacle reprend de plus belle pour terminer dans une folie rythmique endiablée, une sorte d'apothéose. Il se souvient d'un voyage au Nouveau Brunswick avec Robert Bouthillier où il a assisté à quelques spectacles et remarqua que la complainte n'embarassait pas le show, ne constituait pas un passage obligé. Il souligne que les Acadiens en chantent régulièrement en public, plus qu'au Québec où le folklore est davantage associé au plaisir, à la joie de vivre. Les complaintes, précise Michel, il s'en chante au Québec mais " tu seul " pour soi-même, alors que là-bas, lors de spectacles, la complainte est un moment attendu des spectateurs, un moment de recueillement qui s'explique peut-être par la nature des Acadiens, plus enclins à s'abandonner à des chansons tristes. Il nota aussi qu'avant d'interpréter une complainte elle est souvent dédiée à quelqu'un ou à un événement tragique qui a touché la communauté.

Il est bien connu que Michel Faubert aime en chanter et sait les interpréter d'émouvante façon. Il a d'ailleurs consacré un album entier à la complainte, La Récompense lancé en 2000.

Cet entretien est un pur régal. Bravo à Daniel. Il reçoit bientôt Eric Beaudry de la Bottine Souriante. Vous pouvez télécharger cette émission en allant sur le site que tient Nicolas Bellemare cfnj.net. Cliquez sur " rediffusions ". Tous les enregistrement de cette série d'émission sont disponibles.